L’entreprise Deep Sky milite aux côtés de la Coalition pour l’élimination avancée du carbone dans l’atmosphère

La Presse Canadienne | 6 mars 2026 | 09:09
La ministre de l'Environnement et du Changement climatique, Julie Dabrusin, prend la parole durant la période de questions sur la colline du Parlement à Ottawa, le vendredi 6 février 2026. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Patrick Doyle)

Une industrie émergente visant à éliminer le CO₂ déjà présent dans l’atmosphère a reçu jeudi un coup de pouce avec le lancement d’une initiative canadienne visant à recueillir 100 millions $ supplémentaires pour ces projets. 

Le gouvernement fédéral, RBC, BMO et Shopify font partie des membres fondateurs de ce qui est présenté comme la Coalition pour l’élimination avancée du carbone (ACR).

La coalition affirme que ses membres ont pour objectif de recueillir 100 millions $ supplémentaires pour soutenir les projets canadiens d’élimination du carbone d’ici 2030, en plus des 75 millions $ qu’ils ont déjà versés à ce jour.

S’exprimant à Ottawa, la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a présenté ces projets comme une occasion économique et une solution climatique. « Il y a un réel potentiel économique », a affirmé Mme Dabrusin, lors d’un événement organisé par l’industrie.  « Et si elle est développée de façon responsable, parallèlement à des réductions importantes des émissions, la captation du carbone pourrait créer de nombreux emplois de qualité en ingénierie, en construction et dans les chaînes d’approvisionnement industrielles propres, et renforcer la compétitivité du Canada. »

Plutôt que de capter le carbone des cheminées industrielles, l’élimination du carbone fait souvent référence à des projets dans lesquels le CO₂ est directement extrait de l’air avant d’être emprisonné dans des roches. Les entreprises vendent ensuite des crédits à ceux qui cherchent à respecter leurs engagements climatiques. 

Microsoft a signé un accord avec Arca, une entreprise de Vancouver, en octobre dernier, portant sur près de 300 000 tonnes de crédits de captage de carbone. Deep Sky, située à Montréal et qui a une antenne à Thetford Mines, a conclu un accord en novembre pour vendre 10 000 tonnes de crédits de CO₂ à des acheteurs comme Microsoft et RBC.

Ces deux entreprises figurent parmi les exemples les plus marquants de cette industrie canadienne naissante, mais en pleine croissance. On compte 78 entreprises de captage de carbone au Canada, qui mènent 48 projets actifs ou planifiés.

Le Canada s’est engagé à investir 10 millions $ d’ici 2030 dans le captage du carbone afin d’aider le gouvernement à atteindre ses objectifs de carboneutralité. Mme Dabrusin a déclaré que cela contribuerait à compenser les émissions « les plus difficiles à éliminer », citant notamment la flotte militaire canadienne. La Défense nationale représente environ la moitié des émissions du gouvernement.

Cependant, certains critiques estiment que les projets de captage du carbone, énergivores et coûteux, n’offrent que des avantages limités et pourraient détourner l’attention d’une transition rapide des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables.

Les projets de captage direct du CO₂ dans l’air coûtent entre 400 et 1000 $ par tonne, selon une note d’information préparée en juillet dernier à l’intention du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson. Le Canada émet environ 690 millions de tonnes de CO₂ par année.

Le captage du carbone « jouera un rôle réel, mais limité et ciblé, dans les années à venir », a affirmé Catherine Abreu, experte canadienne en politiques climatiques. « Le captage du carbone atmosphérique ne nous sera d’aucune utilité à l’avenir si nous ne faisons pas tout notre possible pour réduire la pollution climatique dès maintenant », a précisé Mme Abreu, directrice de l’International Climate Politics Hub. Elle a démissionné de son poste de conseillère indépendante en climat auprès du gouvernement fédéral en décembre, à la suite d’un accord avec l’Alberta pour un nouvel oléoduc.

« Nous avons besoin d’un fonds de 100 millions $ pour la transition énergétique au Canada, afin de favoriser les énergies renouvelables et de réduire la consommation de combustibles fossiles, tout en protégeant les forêts et les autres écosystèmes naturels qui stockent le carbone », a expliqué Mme Abreu.