Allégations de racisme au SPVM : Christine Fréchette n’exclut pas une enquête publique
La première ministre du Québec, Christine Frechette, s'exprime lors d'une conférence de presse marquant la fin de la session, dans son bureau à Québec, le vendredi 12 juin 2026. Le vice-premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure du Québec, Ian Lafrenière, l'observe. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot) La première ministre Christine Fréchette ne ferme pas la porte à une enquête publique sur les allégations de racisme au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
« Je n’exclus rien à ce stade-ci. Je veux qu’on en sache davantage sur comment ç’a émergé ce problème-là, et pourquoi est-ce qu’on en est là encore aujourd’hui, avant de prévoir la suite des choses », a-t-elle affirmé au micro de l’émission Midi info sur les ondes d’Ici Première, lundi.
La première ministre a aussi rappelé qu’il y avait deux projets pilotes de caméra corporelle pour les policiers. « On veut voir les résultats de ces projets pilotes avant de s’engager plus largement », a-t-elle dit.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, souhaite que ce dossier avance.
Enquête indépendante
De son côté, le Parti libéral du Québec (PLQ) demande à ce que l’enquête sur ces allégations de racisme soit menée de manière indépendante par la Sûreté du Québec (SQ).
Une option que la première ministre n’a pas non plus écartée. « On va voir quelles sont les balises pour déclencher une enquête de ce type-là. Est-ce que ça correspond ? Si c’est le cas, on sera au rendez-vous », a assuré Christine Fréchette.
Dans un communiqué publié lundi, les députées libérales Jennifer Maccarone et Madwa-Nika Cadet ont demandé au gouvernement de confier l’enquête à la SQ, estimant qu’il serait approprié qu’une telle enquête soit menée par un corps policier externe. De leur point de vue, « permettre au SPVM d’enquêter sur ses propres membres dans un dossier de cette nature ne répondrait pas aux exigences de transparence et d’indépendance attendues par le public ».
À leur avis, les informations révélées ces derniers jours « ébranlent la confiance de la population envers l’institution policière ». Ainsi, la situation doit être examinée « avec objectivité, à l’abri de toute apparence de conflit d’intérêts », ont-elles plaidé.
Vendredi soir, le directeur du SPVM, Fady Dagher, a annoncé que deux agents du poste de quartier 39 étaient suspendus à la suite d’allégations de comportements discriminatoires et racistes envers des citoyens de Montréal-Nord. Ces deux agents pourraient faire face à des accusations criminelles. Leur dossier est présentement analysé par le Directeur des poursuites criminelles et pénales.
M. Dagher a précisé que 14 autres agents du même poste avaient été transférés ou réaffectés à des tâches qui ne nécessitent aucun contact avec le public. Plusieurs médias ont rapporté certaines informations, notamment que des policiers auraient coupé les cheveux de citoyens racisés afin d’en faire des « trophées ». M. Dagher a indiqué en conférence de presse que cela faisait « partie des allégations ».
Selon Mme Cadet, qui est députée de Bourassa-Sauvé, « la population a besoin d’avoir l’assurance qu’une enquête véritablement indépendante et impartiale sera menée » concernant ces allégations. « C’est une condition essentielle pour démontrer notre intransigeance face au racisme et pour s’assurer que l’ensemble des citoyens se sentent respectés et en sécurité », a-t-elle plaidé par écrit.
Lors de sa conférence de presse de vendredi, M. Dagher a indiqué que l’enquête du SPVM sur les allégations se poursuivait, mais que les informations déjà corroborées par le corps policier étaient suffisantes pour justifier une première série de mesures. Peu après, sur les réseaux sociaux, le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, avait dit avoir « confiance dans les enquêtes qui sont menées. Je vais suivre ce dossier de très près et m’assurer que tout sera mis en place pour faire la lumière sur les événements », avait-il assuré.
Des intervenants veulent présenter des recommandations
Lundi matin, le Regroupement des intervenants et intervenantes d’origine haïtienne (RIIOH) a demandé, lors d’une conférence de presse, qu’une rencontre soit tenue « dans le plus bref délai » avec le directeur général du SPVM, Fady Dagher.
Sheilla Fortuné, co-porte-parole du RIIOH, a précisé que les intervenants souhaitent présenter au chef de police « une série de recommandations visant à rétablir la confiance entre le service de police et la communauté ».
Les allégations visant des policiers affectés au poste de quartier 39 « sont graves, révoltantes et inacceptables » et « viennent confirmer ce que les citoyens, les familles, des jeunes, des intervenants et des organismes communautaires de Montréal-Nord dénoncent depuis des années », c’est-à-dire « l’existence de comportements discriminatoires », a ajouté Sheilla Fortuné.