Le mouvement séparatiste albertain se réjouit de l’élection du PQ

La Presse Canadienne | 7 octobre 2026 | 08:56
Jeffrey Rath montre son soutien à Mitch Sylvestre alors qu'il récolte des signatures pour un referendum séparatiste à Edmonton, le lundi 4 mai 2026. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Jason Franson)

Les figures de proue du mouvement en faveur de la séparation de l’Alberta se réjouissent de l’élection de Paul St-Pierre Plamondon au poste de premier ministre désigné du Québec.

Jeff Rath a dit mardi que la victoire électorale de M. St-Pierre Plamondon pourrait modifier la dynamique politique du Canada, d’autant plus que le premier ministre désigné s’est déjà montré disposé à soutenir le mouvement séparatiste albertain. « Pour la première fois dans l’histoire du Canada, nous avons au Québec un gouvernement qui soutient l’indépendance de l’Alberta, a dit M. Rath lors d’une entrevue. C’est énorme. »

Le Parti québécois, qui est souverainiste, s’apprête à former un gouvernement minoritaire après les élections de lundi au Québec, qui ont vu la Coalition avenir Québec, au pouvoir, rayée de la carte électorale. 

Le premier ministre désigné s’est engagé à organiser ce qui serait le troisième référendum sur la séparation du Québec, mais il a précisé que celui-ci n’aurait pas lieu avant la fin du mandat du président américain Donald Trump.

Lors d’une visite à Calgary l’année dernière, M. St-Pierre Plamondon avait dit qu’il reconnaîtrait une Alberta indépendante si la province votait en faveur de sa séparation. M. Rath a indiqué avoir rencontré le chef du Parti québécois à Calgary. Avocat tout comme M. St-Pierre Plamondon, M. Rath a précisé qu’ils s’étaient entretenus pendant trois heures autour d’un dîner et étaient restés en contact depuis.

« J’ai appris à le connaître assez bien au cours de l’année écoulée. Je pense que les gens vont être très surpris de voir à quel point il gouverne bien », a dit M. Rath.

Corey Morgan, commentateur en ligne et militant indépendantiste, a également dit que le premier ministre désigné était un allié et que sa victoire était de bon augure pour le mouvement albertain. « Je pense qu’il est dans l’intérêt des mouvements indépendantistes des deux côtés du pays de maintenir la pression et l’instabilité sur le système fédéral », a dit M. Morgan.

L’heure du choix

Le 19 octobre, les Albertains se prononceront pour savoir s’ils souhaitent rester au sein du Canada ou organiser un deuxième référendum contraignant sur la sortie du Canada.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a convoqué ce scrutin plus tôt cette année, invoquant deux pétitions concurrentes de part et d’autre du débat sur la séparation, qui ont chacune recueilli des centaines de milliers de signatures. Mme Smith a dit qu’elle était favorable au maintien de l’Alberta au sein du Canada et qu’elle voterait en conséquence.

Mme Smith a félicité M. St-Pierre Plamondon lundi dans un message publié sur les réseaux sociaux, affirmant qu’elle se réjouissait de travailler avec son gouvernement.

« Nos provinces et notre pays sont plus forts lorsque nous travaillons ensemble, que nous restons unis et que nous construisons un avenir meilleur pour tous les Canadiens », a écrit Mme Smith.

Elle n’a pas abordé la question de la séparation dans son message de félicitations, pas plus que le premier ministre Mark Carney dans son propre message publié sur les réseaux sociaux.

M. Morgan a estimé que les deux dirigeants faisaient l’impasse sur un sujet qui fâche. « Les gens ont tendance à éluder le fait que, qu’on le veuille ou non, même si ce n’était pas le principal moteur de cette élection provinciale, le Québec vient d’élire un parti ouvertement séparatiste à la tête de son gouvernement », a-t-il dit. « C’est significatif, et cela va avoir un impact sur la politique au cours des deux à quatre prochaines années. »

M. Rath, fervent détracteur de M. Smith pour avoir reporté un référendum contraignant sur la séparation, a également déclaré s’être inspiré du parcours victorieux de M. St-Pierre Plamondon.

L’élection du PQ annonciatrice du futur de l’Alberta?

Le Parti québécois a vu une grande partie de son soutien électoral provenir de l’extérieur des deux grandes villes du Québec et il a réussi à former un gouvernement malgré un score électoral global d’environ 28 %.

M. Rath a estimé qu’un scénario similaire pourrait se produire en Alberta si le Parti conservateur uni de Mme Smith venait à se diviser sur la question de la séparation.

Mme Smith a toujours affirmé avec force que son parti, son gouvernement et son groupe parlementaire étaient résolument fédéralistes, mais, ces dernières semaines, la première ministre a vu deux associations de circonscription de l’UCP réclamer une évaluation de son leadership.

M. Rath a déclaré que, malgré les déclarations de la première ministre, il estime que les simples militants qui souhaitent que l’Alberta suive sa propre voie représentent une « supermajorité » au sein du parti. « Je pense que cela va être vraiment intéressant pour la vie politique albertaine », a dit M. Rath.

Le chef du NPD, Naheed Nenshi, a félicité M. St-Pierre Plamondon dans un message publié sur les réseaux sociaux et a critiqué la décision de Mme Smith d’organiser un référendum en Alberta. 

« Nous le remercions tout particulièrement d’avoir clairement affirmé qu’il était séparatiste et d’avoir déclaré qu’il était bien trop dangereux d’organiser un référendum tant que Trump est au pouvoir », a écrit M. Nenshi.

Le NPD a fait campagne en faveur d’un vote fédéraliste. « À treize jours du référendum séparatiste de Danielle Smith, pour lequel personne n’a voté lors des dernières élections, cela nous rappelle que, même si nous pouvons avoir des divergences à travers le pays, nous sommes plus forts lorsque nous les affrontons ensemble », a-t-il dit.