Les aînés les plus pauvres, plus pénalisés lorsqu’ils travaillent

Boris Chassagne | 27 janvier 2026 | 09:02
Les conditions du Supplément de revenu garanti (SRG) pénalisent les aînés à faibles revenus qui doivent travailler pour boucler les fins de mois, déplore l’Institut économique de Montréal (IEDM). Sur cette photo, l’entraîneur, Bob Bursach, âgé de 82 ans, travaille avec une cliente à son centre de conditionnement physique à Toronto le vendredi 24 janvier 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Cole Burston

Les conditions du Supplément de revenu garanti (SRG) pénalisent les aînés à faibles revenus qui doivent travailler pour boucler les fins de mois, déplore l’Institut économique de Montréal (IEDM). Dans certaines situations, ils peuvent se faire retirer jusqu’à la moitié du salaire qui leur est versé en raison de la diminution de leur prestation du SRG et des impôts, selon une analyse publiée mardi par l’organisme de réflexion associé à la droite économique. 

« C’est équivalent à être imposé, parfois, comme si vous faisiez 200 000 $, illustre l’analyste en politiques publiques de l’IEDM, Gabriel Giguère, en entrevue. C’est difficile pour les aînés qui sont déjà dans une situation précaire. »

Le SRG est une prestation du gouvernement fédéral destinée à soutenir financièrement les aînés les moins nantis. Ceux qui la reçoivent ont peu de revenus, que ce soit lié à un emploi ou à l’épargne-retraite. Un Canadien célibataire de plus de 65 ans doit gagner moins de 22 488 $ pour y être admissible, selon le site du gouvernement du Canada. Un prestataire peut avoir des revenus jusqu’à 5000 $ sans que cela réduise son SRG. Le montant de sa prestation diminuera par la suite. La diminution se fera à un rythme plus modéré entre 5000 $ et 15 000 $ de revenus et plus rapide par la suite. 

Au Québec, un célibataire de 65 ans, qui ne travaillerait pas, n’aurait aucun régime de retraite et n’aurait pas de rentes de la RRQ, aurait un revenu disponible de 25 000 $ en 2026 grâce aux différentes aides gouvernementales, selon un outil de calcul en ligne du ministère des Finances du Québec. En gagnant un salaire annuel de 20 000 $, cette même personne aurait un revenu disponible de 36 000 $, selon l’outil. Elle conserverait ainsi 53,3 % de son revenu de travail. La mécanique actuelle « pénalise » les moins nantis qui travaillent pour joindre les deux bouts, estime M. Giguère. 

L’IEDM propose de remonter l’exemption de 5000 $ à 30 000 $, soit l’équivalent du seuil de faible revenu avant impôt, selon Statistique Canada. « Ça vient beaucoup moins punir les aînés qui travaillent et qui sont à faibles revenus », avance l’analyste. « Aujourd’hui, quand les aînés reviennent sur le marché du travail, ils font de l’argent, mais, étant donné qu’on a l’impôt et que ça se conjugue avec une réduction très rapide de l’aide de l’État (SRG), ça fait en sorte qu’ils n’en gardent pas assez dans leurs poches », dénonce M. Giguère. La proposition de l’IEDM entraînerait des dépenses supplémentaires de 544 millions $ pour le gouvernement fédéral, estime l’organisme de réflexion. 

Cela représenterait une augmentation de 2,9 % aux 18,9 milliards $ que consacre le gouvernement au paiement du SRG, selon les comptes publics de 2025. « C’est vraiment une petite hausse », défend M. Giguère. L’estimation de 544 millions $ est prudente, selon lui. En corrigeant un désincitatif au travail, le fédéral pourrait récupérer indirectement une partie des revenus perdus. « On peut penser à la taxe à la consommation parce que les personnes âgées vont avoir plus de revenus », donne-t-il en exemple. 

Il ne s’agirait que d’un effet secondaire de la proposition, nuance M. Giguère. « Pour être clair, l’objectif central c’est que les aînés puissent avoir une retraite digne. »