Une entreprise de Thetford pourrait perdre 40 % de ses effectifs après l’abolition du PEQ
(Photo: Illustration Depositphotos) L’entreprise Métallurgie Castech à Thetford Mines joint sa voix à celle de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et demande au gouvernement du Québec « d’entendre raison et d’aménager en urgence une clause de droits acquis ».
La FTQ, qui est la plus importante centrale syndicale au Québec avec ses 600 000 membres, affirme qu’il « faut accorder un statut permanent aux personnes immigrantes touchées par l’abolition du PEQ ainsi qu’aux travailleuses et travailleurs étrangers temporaires dont les permis arrivent à échéance et qui ne pourront être renouvelés ».
L’organisation syndicale s’inquiète d’ailleurs du peu d’empressement de Québec à recruter de façon permanente les travailleuses et travailleurs étrangers du privé, alors que le gouvernement a déclaré jeudi, prioriser les travailleurs du milieu de la santé et du secteur public.
Parmi les nombreuses victimes potentielles de l’abolition du programme PEQ, l’entreprise Métallurgie Castech de Thetford Mines. Près de 40 % de ses forces vives est constituée de travailleurs (res) temporaires. Aujourd’hui, l’entreprise n’a droit qu’à un quota 10 % de travailleurs internationaux temporaires, ce qui n’était pas le cas au moment de leur embauche. L’entreprise, aux dires de la FTQ, qui souhaiterait pouvoir profiter en leur nom, d’une clause de droits acquis. Nous avons tenté de joindre Jennifer Poiré, présidente et directrice générale du Groupe Castech au siège social de Plessisville. Mais, au moment d’écrire ces lignes elle n’avait pas répondue à notre demande d’entrevue.
Un des employés de Castech, rencontré par la FTQ, se nomme Ivan Moreno Rivera. Il a 38 ans, et a quitté le Mexique pour s’établir au Québec en pleine pandémie en 2020, pour dit-il, « s’établir au Québec, en français et faire partie de la société ». Il vit à Thetford Mines avec sa conjointe. « Je ne suis pas venu ici juste pour être un actif économique dans une entreprise, je suis venu pour partager et comprendre la culture locale ainsi que partager la richesse culturelle de mon pays. Pour moi, pour tout le monde qui vit cette étape, c’est comme une violation des droits. Le gouvernement n’a pas pensé aux gens de façon humaine », ajoute Ivan Moreno Rivera, membre du Syndicat des Métallos, et dont le permis arrivera à échéance dans moins d’un an. Déjà, il remet à plus tard son projet de famille : « On pense avoir des enfants, mais c’est difficile de fonder une famille avec l’incertitude économique, morale et sociale. »
Le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière estime que « le gouvernement doit veiller au recrutement permanent en immigration pour le bon fonctionnement de l’ensemble de la société. Les travailleuses et travailleurs étrangers jouent un rôle de premier plan dans bon nombre d’entreprises du secteur privé, il serait désastreux de ne pas prendre les moyens pour qu’ils puissent enfin s’établir de façon permanente au Québec, surtout en cette période de guerre commerciale. »
La FTQ qui dénonce par ailleurs l’ampleur de l’hypocrisie du ministre, qui rejette la responsabilité vers Ottawa en ce qui concerne les travailleurs et travailleuses, à l’emploi du secteur privé. « Or, il ne fait aucun doute que Québec détient tous les leviers nécessaires afin de remédier aux injustices provoquées par l’abolition du PEQ et faciliter l’accès à l’immigration permanente pour ces personnes qui sont tout autant essentielles à notre société. »
« Il ne faudrait pas se retrouver avec une main-d’œuvre éternellement précaire avec des permis temporaires ou, pire, avec des vagues de travailleuses et travailleurs devenus en situation irrégulière parce que les permis sont échus. La majorité de ces personnes apprennent le français, vivent ici avec leur conjointe ou conjoint et ont des enfants. L’incertitude et l’hypocrisie ont assez duré : les besoins de main-d’œuvre sont permanents, le statut des travailleuses et travailleurs doit le devenir également », tranche Olivier Carrière, qui réclame la fin de la formule des permis de travail fermés.
Dans un sondage mené par Emploi et Développement social Canada (EDSC) en 2023, 94 % des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires interrogés sur leurs expériences de vie et de travail au Canada ont dit souhaiter devenir résidents permanents, si on leur en donnait la possibilité. C’est donc clairement pour des projets de vie que ces personnes viennent ici.