Des étudiants du Cégep de Thetford plongent dans le ventre d’une mine
Des élèves du Cégep de Thetford en visite à la mine Niobec de Chicoutimi. (Photo: Cégep de Thetford) Une vingtaine d’étudiants de 2e année du programme de Technologie minérale du Cégep de Thetford ont eu l’occasion de visiter la mine Niobec, à Chicoutimi, le 14 janvier dernier. Ils ont pu descendre sous terre afin d’approfondir leurs connaissances des aspects géologiques et de l’exploitation, en passant également par le concentrateur (minéralurgie).
Le DEC en Technologie minérale du Cégep de Thetford d’une durée de trois ans, forme des technologues spécialisés pour l’industrie minière. Le programme propose aux étudiants de suivre un tronc d’études commun d’une durée de deux ans, au cours duquel ils vont suivre des cours en arpentage, en géologie, ou en exploitation par exemple. Ce cursus est suivi de trois options de spécialisations d’un an, en géologie appliquée, en exploitation minière ou en minéralurgie. Le programme privilégie la formation en entreprise et sur le terrain, de même que des stages rémunérés de quatre mois en entreprise. La formation comporte aussi de nombreux laboratoires.
Benjamin Bédard est enseignant en technologie minérale au Cégep de Thetford depuis peu de temps. Il a commencé à enseigner en janvier dernier. Il y travaille à temps plein depuis octobre. Il fait ses premières armes en enseignement. Il a longtemps travaillé dans les mines d’or de l’Abitibi et dans le Nord du Canada « pour faire des runs », 14 jours de travail et 14 de congés. Il a saisi cette opportunité de travailler des heures normales dès qu’elle s’est présentée.
Et les étudiants aussi. Ils savent que les métiers des mines, s’ils sont difficiles et exigeants, sont extrêmement bien rémunérés. Au bas de l’échelle, on peut dire avec confiance que les salaires commencent à entre 80 000 $ et 100 000 $ l’an. Un secteur prometteur. « Je ne pourrais pas vous donner le taux de placement exact, mais ça frôle les 100 %. Toute la plateforme Abitibi-Témiscamingue, on retrouve six à huit mines actives en ce moment. Et avec le prix de l’or, on développe de nouveaux secteurs. Toute la Côte-Nord se porte bien ». Et quand les mines se portent bien, tout le réseau va bien.
Mais de quoi ça à l’air travailler dans une mine ?

Le professeur Bédard a accompagné avec un autre enseignant, son groupe de 23 élèves à la mine Niobec de Chicoutimi, en janvier dernier. On y extrait du niobium, un métal de transition principalement utilisé comme agent d’alliage pour renforcer l’acier.
Les étudiants sont partis en autobus au petit matin pour y arriver à 7 heures du matin à la mine. Ils y ont passé la journée avant de rentrer, le même soir. Parmi eux, beaucoup de jeunes sortis du secondaire, des étudiants internationaux et des étudiants en requalification.
Cette visite programmée à la seconde année d’études sera d’ailleurs dorénavant mise à l’agenda une année plus tôt dans le cursus scolaire du programme, afin de leur donner la piqûre, plus tôt dans leur formation. Benjamin Bédard est déjà passé par là. Il peut maintenant observer les réactions de ses étudiants, face à cette première expérience dans une mine. « C’est sûr que les étudiants aiment associer la théorie aux réalités terrain. J’ai l’impression qu’on leur donne la piqûre. Ils vont se projeter dans ce milieu. Ils s’imaginent travailler là. Ça les motive, une visite en industrie. Ils voient comment on communique sous terre et entre départements. Et ils peuvent poser leurs questions », aux deux superviseurs et géologues de la mine qui les accompagnaient. « Parler des camions, des foreuses, des minéraux, des garages. »

Si la visite en encourage certains, d’autres découvrent que ce n’est parfois pas pour eux que de se réveiller aux petites heures, de travailler sous terre, et de faire des « runs », ou des rotations de 14/14. « On a les mines à ciel ouvert et souterraines. Il y en a pour tous les goûts », précise le professeur Benjamin Bédard.
Une femme dans un milieu d’hommes
Rosalie Charpentier, étudiante de deuxième année, a vite compris qu’elle se lançait dans un métier non traditionnel et elle ne s’en soucie guère. Elle a qui a vu son professeur Benjamin Bédard faire ses premières armes en classes. « Mon père a quelques amis qui travaillent dans le domaine. Je ne savais pas trop quoi faire au cégep. J’y allais pour essayer ça. Et finalement, j’ai aimé ça ». Elle est rentrée au DEC en Technologie minérale, à sa sortie du secondaire. « C’est surprenant, mais il fait vraiment chaud dans la mine! C’est vraiment intéressant. Je ne sais pas si je serais capable de rester à longueur de journée sous terre », dit Rosalie. Elle qui a aussi été étonnée de voir qu’on y travaille seul, sans personne autour. « Tout seul dans ta section … ? ». Quels sont alors ses projets ? Travailler dans une mine à ciel ouvert ? « Comme technicienne, on ne travaillerait pas juste sous terre. On va faire aussi du bureau. J’aimerais faire de l’arpentage, ou aller en environnement dans le secteur de la restauration des sites miniers, voir travailler dans le secteur de l’exploitation minière. Ça ouvre plus d’options. Les cours de topométrie l’intéressent. « Et si ça me tente, je pourrais poursuivre à l’université ensuite », comme plusieurs le font, nous apprend Rosalie Charpentier.
Il n’y a pas beaucoup de femmes comme elle dans le programme. « On est huit filles » parmi les 45 de sa cohorte. Et à la mine visitée, elle dit n’avoir vu aucune femme, sauf dans les bureaux. Ça l’inquiète, ou la stimule ? « C’est sûr que c’est le fun de travailler dans un environnement, quand tu n’es pas la seule femme, mais bon ». Et les autres étudiantes ne lui en parlent pas vraiment non plus. « En tant que femme dans ce domaine, on peut avoir des avantages, des bourses par exemple », explique Rosalie.
Son stage en entreprise est encore loin, car elle fait son programme sur quatre ans au lieu de trois, parce qu’elle fait du sport en même temps de conclure Rosalie Charpentier.