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Le déficit fédéral pour 2025-2026 est revu à la baisse à 66,9 milliards $
Le premier ministre Mark Carney, à droite, et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, prennent part à une séance de photo avant le dépôt de la mise à jour financière du gouvernement, à Ottawa, le mardi 28 avril 2026. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang) Le déficit du gouvernement fédéral pour l’année 2025-2026 sera finalement de 66,9 milliards $, qui révèle la mise à jour économique du printemps dévoilée mardi. Les finances publiques ont enregistré une amélioration de 17,7 milliards $ par rapport aux projections de 78,3 milliards $ indiquées dans le budget de l’automne dernier.
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, attribue cela à la « discipline » et la « prudence » du gouvernement alors qu’un « nuage d’incertitude » plane sur l’économie mondiale. « Le message qu’on envoie, c’est qu’on est des bons gestionnaires », a-t-il tranché lors d’un point de presse.
L’amélioration des finances publiques vient des dépenses qui sont en baisse de 13 milliards $ de plus que prévu et d’une hausse des revenus de 4 milliards $. À noter : plusieurs projets qui n’ont pas été mis en branle provoqueront une augmentation des dépenses lors des prochaines années. D’ailleurs, le ratio du déficit par rapport au PIB diminue, passant de 2,1 % en 2025-2026 à 1,4 % cinq ans plus tard. Or, le gouvernement fédéral a continué de dépenser dans l’intervalle et annonce de nouvelles mesures, le tout pour un total de 6,2 milliards $.
Surprise : les 25 milliards $ dédiés à la création d’un nouveau fonds souverain du Canada — et que le ministre identifie mardi comme l’une des mesures « phares » de sa mise à jour économique — ne figurent pas dans les nouvelles dépenses. Cela est attribuable, explique-t-on, aux méthodes comptables employées dans l’ensemble du document budgétaire.
Impossible donc de connaître la ventilation de ce qu’il en coûtera au gouvernement pour chacune des trois prochaines années. Et le ministre a refusé de la préciser en point de presse. Ottawa n’annonce pas non plus de mesures fiscales pour inciter les particuliers à participer au fonds souverain. Dans l’ensemble, le document est plutôt mince. Loin d’un mini-budget, il met surtout l’accent sur l’état des finances publiques.
Former des travailleurs de métiers
Avec sa mise à jour, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, met non seulement l’accent sur l’objectif de bâtir « un Canada fort », mais ajoute également sur la page couverture du document que ce pays fort doit l’être « pour tous ».
Ainsi, le gouvernement fédéral annonce entre autres qu’il lancera une initiative visant à recruter, former et embaucher de 80 000 à 100 000 nouveaux travailleurs de métiers d’ici 2030-2031. L’objectif est de répondre aux besoins dans les secteurs du logement, des infrastructures et de la défense. « Les jeunes qui veulent se former dans ces domaines-là, on leur déroule le tapis rouge, a expliqué à La Presse Canadienne la professeure de science politique à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier. On va prendre en charge beaucoup de frais du début à la fin. De quand vous rentrez étudier, jusqu’à vos stages et votre premier emploi. »
Ottawa offrira notamment à ces apprentis une aide de 400 $ par semaine pendant que les apprentis suivent une formation technique obligatoire en classe pour un total de 16 000 $ chacun. Ces sommes s’ajouteront aux prestations d’assurance-emploi.
Le ministre Champagne s’est défendu de s’ingérer dans les champs de compétences des provinces. Il assure que cela se réalisera en « partenariat » avec elles. L’ensemble des mesures d’aide aux jeunes et aux travailleurs coûteront 7 milliards $ sur cinq ans.
Cela comprend l’annonce en mars de la bonification des bourses et des prêts d’études cette année pour 730 000 étudiants de niveau postsecondaire au coût de 1,2 milliard $. La suspension de la taxe d’accise fédérale sur l’essence de dix cents par litre coûtera 2,4 milliards $ au gouvernement fédéral. Le rabais à l’achat de véhicules électriques, lui aussi annoncé précédemment, coûtera 2,3 milliards $ sur cinq ans.
Parmi les petites mesures qui touchent les particuliers, Ottawa continuera de permettre de retarder jusqu’à cinq ans le délai de grâce pour rembourser les retraits du régime d’accession à la propriété.
Le taux de cotisation de base au Régime de pensions du Canada passera de 9,9 % à 9,5 % à partir du 1er janvier 2027, ce qui représentera des économies d’environ 133 $ pour les employés gagnant au moins 70 000 $.
Les oppositions déçues
Le gouvernement de Mark Carney étant désormais majoritaire, la mise à jour économique devrait être adoptée comme une lettre à la poste dans les prochaines semaines, les libéraux n’ayant pas à trouver un partenaire de danse dans les banquettes de l’opposition, comme ça a été le cas par le passé.
Prenant la parole à la Chambre des communes, le chef conservateur Pierre Poilievre a d’abord « remercié » le ministre Champagne de vouloir simplifier le crédit d’impôt pour personnes handicapées, un rare geste non partisan qui lui a mérité une ovation.
Après les fleurs, le pot. M. Poilievre a reproché aux libéraux d’avoir « doublé » le déficit que projetait le gouvernement Trudeau. « Personne ne croyait que c’était possible de dépenser et emprunter plus que Justin Trudeau, mais ce premier ministre l’a fait, a-t-il envoyé. Ce budget à crédit va engendrer plus de coûts, plus de taxes, plus de dette et plus sur la carte de crédit nationale ». M. Poilievre s’est moqué au passage du nouveau fonds souverain « sans fonds ». La « nouvelle patente à gosse », des libéraux, a-t-il dit.
Il a répété que son plan repose sur quatre piliers : une énergie « abordable et abondante » avec, entre autres, aucune taxe sur l’essence, une inflation et des impôts bas en coupant « la bureaucratie, les consultants, le “BS corporatif”, l’aide à l’étranger et d’autres gaspillages », davantage de libre marché libre-marché, et de « libérer nos ressources naturelles ».
Du côté du Bloc québécois, on reproche aux libéraux de « ne rien faire » pour aider les industries frappées par « ce coup de masse en plein front » infligé par les droits de douane de l’administration américaine. Le secteur industriel est « à la limite d’une détresse rare et la mise à jour fait littéralement comme si que ça n’existait pas », a déclaré le chef bloquiste Yves-François Blanchet aux journalistes.
M. Blanchet était également déçu que le ministre Champagne n’ait pas respecté sa promesse de fournir les détails sur le fonds souverain dans la mise à jour économique. « Il n’en pipe pas mot », a-t-il lancé.