Les Innus irrités par le budget fédéral avant même qu’il ne sorte

Redaction Mes Regions | 5 novembre 2026 | 11:49
Des lignes électriques à Churchill Falls. (Photo: Archives Le Soleil)

Par Olivier Mougeot, Initiative de journalisme local, Le Soleil

Le budget qui doit être dévoilé ce jeudi passe mal auprès des Innus de la Basse-Côte-Nord du Québec. Le slogan « Maîtres chez nous », associé à une photographie de Churchill Falls au Labrador et diffusée par le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne pour annoncer le budget 2026, irrite la communauté. 

Le chef de cette communauté de la Basse-Côte-Nord, Denis Mestenapéo, dénonce l’utilisation de l’image de ce territoire ancestral innu pour célébrer la souveraineté énergétique du Canada. 

L’attaché de presse du ministre a toutefois précisé au Devoir que la photo diffusée sur les réseaux sociaux n’était pas nécessairement celle de la couverture officielle du budget.

« Maîtres chez nous, mais chez qui exactement ? Le gouvernement canadien utilise l’image de Churchill Falls pour célébrer sa souveraineté énergétique, mais il oublie que ce territoire est d’abord notre Nitassinan », affirme le chef dans un communiqué publié jeudi.

Le 17 août dernier, Newfoundland & Labrador Hydro, Hydro-Québec et Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited ont conclu une entente de coopération portant notamment sur le développement de Churchill Falls et de Gull Island, ainsi que sur les infrastructures connexes.

Pour le Conseil, cette entente illustre une nouvelle fois la mise à l’écart des Nations innues dans les décisions touchant leur territoire ancestral. « Le gouvernement ne peut pas se déclarer maître d’un territoire en faisant abstraction des peuples qui y détiennent des droits. Churchill Falls ne peut pas se faire sans les Innus », insiste Denis Mestenapéo.

Une participation exigée

Le Conseil précise que les Innus ne s’opposent pas au développement économique et énergétique. Ils réclament toutefois d’être reconnus comme des partenaires à part entière, dès les premières étapes des discussions, et exigent le respect de leurs droits ancestraux et du principe de consentement préalable, libre et éclairé.

Cette position a été portée à l’attention du premier ministre Mark Carney, le 26 octobre, à Ottawa. Le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, lui a remis un document présentant les priorités de Pakua Shipu pour établir une véritable relation de Nation à Nation.

Le Conseil demande ainsi au gouvernement fédéral de faire concorder ses ambitions énergétiques avec ses engagements en matière de réconciliation. « Le Nitassinan n’est pas une simple image sur la couverture d’un budget. C’est notre territoire, notre histoire et notre avenir », conclut-il.