Fermetures de RPA au Québec : « on a les deux pieds dans la crise », alerte le RQRA

La Presse Canadienne | 19 février 2026 | 08:30
Une professionnelle de la santé aide un homme âgé à faire des exercices de musculation dans une maison de soins de longue durée située à Toronto, le mercredi 3 avril 2024. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette)

Les fermetures de résidences pour aînés (RPA) se poursuivent au Québec. Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) lève un drapeau rouge quant au financement des soins dans ces milieux de vie pour personnes âgées. 

En huit ans, 740 résidences pour aînés ont fermé. Depuis un an, la cadence des fermetures a quelque peu ralenti, mais il reste néanmoins qu’une RPA par semaine ferme ses portes en moyenne. Il en reste environ 1350 ouvertes aujourd’hui. 

Lorsqu’une RPA annonce sa fermeture, le choix des résidents est limité, car la liste d’attente pour une place en CHSLD est d’un peu moins de 3 500 personnes, et d’environ 5 000 personnes en ressources intermédiaires (RI). Nombreux sont ceux qui se retrouvent dans une chambre d’hôpital en attendant qu’une place se libère. 

On se retrouve avec des gens qui vont être hospitalisés parce qu’il n’y a pas de place dans les CHSLD, il n’y a pas de place dans les Maisons des aînés et il n’y a pas de place dans les RI. – Marc Fortin, le président-directeur général du RQRA. 

« On essaie de travailler avec Santé Québec sur des mesures pour réduire les transferts à l’hôpital parce qu’évidemment, les gens ne devraient pas être hospitalisés s’ils n’en ont pas besoin. Ça prend des places pour les gens qui en ont vraiment besoin. Donc, on se retrouve avec des gens qui vont être hospitalisés parce qu’il n’y a pas de place dans les CHSLD, il n’y a pas de place dans les Maisons des aînés et il n’y a pas de place dans les RI », déplore Marc Fortin, le président-directeur général du RQRA. 

Selon lui, le gouvernement ne finance pas suffisamment les soins dans les RPA. Les résultats d’un sondage Léger publié jeudi révèlent que près de huit propriétaires de RPA sur dix affirment que les montants versés par les CISSS et les CIUSSS ne couvrent pas les coûts réels des soins et des services donnés aux résidents. Rappelons que la majorité des RPA sont à but lucratif, mais pas uniquement.

« On sauve près de 4 milliards $ par année au gouvernement pour les 38 000 personnes non autonomes qu’on a dans notre réseau. Quatre milliards, c’est le net après les autres programmes et les soins à domicile que le gouvernement paie pour ces gens-là parce qu’il ne paie pas la RPA, il paie une allocation pour donner des soins à la personne », explique M. Fortin en entrevue. « On sauve énormément d’argent, mais malheureusement, ça se fait sur le dos des propriétaires de RPA », dénonce-t-il. 

Les sommes allouées aux RPA pour fournir des soins varient, le taux plus bas étant de 21 $ de l’heure, affirme M. Fortin. « Quand on se fait payer 21, 28, 32 $ de l’heure, on donne des soins à perte. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de RPA qui ont carrément arrêté de donner les soins, qui sont passées d’une catégorie 4 à une catégorie 3 ou à une catégorie 2. […] Il n’y a personne, absolument personne, avec une préposée comme acteur principal qui peut donner une heure de soins en bas de 39 ou 40 $ de l’heure. C’est impossible. »

La majorité des RPA sont destinées à des aînés avec une perte d’autonomie plus prononcée, soit une catégorie 3 ou 4. Les RPA de catégories 1 et 2 sont celles destinées à des aînés autonomes.

M. Fortin presse les décideurs de régler cet enjeu de financement. « Il faut arrêter d’abuser sur les propriétaires de RPA au niveau des soins dont les gens ont besoin et il faut les payer convenablement », plaide-t-il. « Il faut que tout le monde s’assoie ensemble et qu’on travaille pour solutionner. C’est un raz de marée qui s’en vient, c’est un mur qui s’en vient sur nous avec les aînés au Québec dans les prochaines années, puis on n’est pas prêt, s’inquiète M. Fortin. On est dans une crise, on a les deux pieds dans la crise. Il faut prendre des actions maintenant parce que le prix de l’inaction va être tellement élevé dans les prochains trois à cinq ans. Il faut qu’on le fasse maintenant. »