TGV : front commun contre l’opposition du Parti québécois
Le chef du Parti québécois, Paul-St-Pierre Plamondon, prend la parole à l'Assemblée nationale, à Québec, le 17 mars 2026. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot) L’opposition du Parti québécois au projet de train à grande vitesse (TGV) du gouvernement fédéral est en train de faire l’unanimité contre lui. Le gouvernement Carney, le gouvernement caquiste, les autres partis à l’Assemblée nationale et même des maires ont tous dénoncé la prise de position du PQ, mardi.
Selon Paul St-Pierre Plamondon, la priorité devrait être donnée à l’entretien des infrastructures vétustes et s’il forme le gouvernement, il demanderait la part du Québec dans le projet, soit 40 milliards $, alors que le Bloc québécois avait avancé un coût total de 200 milliards $.
Le maire de Québec, Bruno Marchand, n’a pas tardé à réagir après la sortie du PQ. « Le TGV va rapprocher Québec des grands centres économiques et politiques du continent et deviendra un puissant moteur économique, comme ça a été le cas dans tous les pays du G7 avant nous », a-t-il affirmé dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne.
« C’est un projet qui va attirer des investissements dans toutes les régions sur son parcours — et spécialement dans la Capitale nationale. Un pays se bâtit autour de grands projets, et pour les réussir, il faut se retrousser les manches pour surmonter les défis qui y sont associés au lieu de constamment repartir à zéro. On est déjà assez en retard comme ça. »
Le maire de Laval, Stéphane Boyer, a aussi signifié son appui au projet. En mêlée de presse, le ministre caquiste responsable des Infrastructures, Benoit Charette, a affirmé que son gouvernement ne cautionne pas encore le projet, mais qu’il y est intéressé.
La ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, a vanté les qualités du projet et a rappelé que les provinces n’ont pas un sou à verser dans le projet. « Les Québécois sont ‘tannés’ de voir qu’en France, c’est possible (de rouler en TGV), mais qu’au Québec ce n’est pas possible », a-t-elle déclaré au parlement.
En mêlée de presse, le député péquiste Joël Arseneau a indiqué que son parti n’avait pas consulté les maires des grandes villes du Québec, qui ont déjà manifesté pourtant leur intérêt pour le projet. Dans un communiqué, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon plaide qu’il ne peut pas « justifier aux Québécois que leur argent soit investi dans un projet pharaonique » alors que les infrastructures prioritaires ont un besoin urgent d’être rénovées.
En se basant sur des estimations du Bloc québécois, M. St-Pierre Plamondon évalue le projet à « potentiellement 200 milliards $ » et avance que la part du Québec serait donc d’environ 40 milliards $.
Le chef péquiste soutient qu’un éventuel gouvernement du PQ demanderait à ce qu’Ottawa lui verse « sans condition » ces sommes pour qu’il puisse les investir dans des infrastructures comme les routes, les hôpitaux, les écoles et le transport collectif. Alors que le déficit de maintien des actifs du Québec s’élève à plus de 40 milliards $, M. St-Pierre Plamondon soutient que le Québec pourrait rénover la « quasi-totalité » de ses infrastructures vétustes en recevant sa part des sommes qui seront consacrées au projet de TGV.
M. St-Pierre Plamondon souligne que certaines études préviennent déjà qu’il est possible que le futur TGV ait peu d’impact sur le trafic sur les routes. Il avance que le projet « risque fortement d’être un énorme fiasco financier ».
Le projet de TGV, piloté par la société d’État Alto, doit relier Toronto à Québec, avec plusieurs arrêts dans des villes ontariennes et québécoises. La construction du premier segment, entre Montréal et Ottawa, doit commencer en 2029 ou 2030. À l’heure actuelle, Alto évalue que le projet coûtera entre 60 et 90 milliards $, mais certains experts jugent que cette prévision est irréaliste.
Par ailleurs, Paul St-Pierre Plamondon affirme que les consultations publiques menées par Alto pour déterminer le tracé exact sont « opaques ». Il rappelle que de nombreux agriculteurs sont inquiets de « voir leurs champs coupés en deux. Tout se déroule comme si l’on voulait aller le plus vite possible avant qu’on réalise l’erreur et le fiasco financier vers lequel on se dirige », dénonce le chef péquiste dans son communiqué.
Il accuse aussi le premier ministre du Canada, Mark Carney, d’être « davantage préoccupé par l’idée de laisser un projet en héritage que par l’intérêt public ».
Avec cette sortie — qui ne sera « pas nécessairement populaire », de son propre aveu — M. St-Pierre Plamondon ajoute sa voix à celle du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui s’est aussi opposé à la mouture actuelle du projet.