Économie : la crainte de s’appauvrir ressentie par 78 % des Québécois
Les Québécois sont 78 % à être préoccupés par la hausse du coût de la vie. Un consommateur fait son épicerie à Toronto le jeudi 30 mai 2024. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young) Le pouvoir d’achat des moins nantis s’est effrité au Québec dans les dernières années. L’impression de s’appauvrir serait toutefois beaucoup plus répandue, selon une analyse de l’Institut du Québec (IDQ).
Tous les ménages n’ont pas été égaux devant la hausse du prix du panier d’épicerie, l’augmentation des prix du logement et la flambée des prix du carburant. Entre 2022 et 2025, l’augmentation du coût de la vie a fait mal aux 40 % des ménages les plus pauvres, constate l’organisme de réflexion. La situation est à peu près stable pour le revenu réel disponible pour la tranche suivante de 40 % des ménages. Les 20 % les plus nantis, pour leur part, se sont enrichis durant cette même période.
Les Québécois sont toutefois deux fois plus nombreux à être préoccupés par la hausse du coût de la vie. Ils sont 78 % à affirmer que le coût de la vie représente un grand ou un très grand risque pour eux. « Depuis 2022, l’inflation a beaucoup reculé, mais le coût de la vie est resté une préoccupation très partagée au sein des Québécois », souligne l’économiste principal de l’IDQ, Anthony Migneault, en entrevue.
Si les moins nantis ont, à juste titre, l’impression que leur situation s’est détériorée, l’autre moitié pourrait avoir une perception déformée de l’augmentation réelle du coût de la vie et de leurs revenus, avance M. Migneault. « Les Québécois surestiment l’inflation systématiquement depuis 2023, explique l’économiste. Les travailleurs ont aussi tendance à sous-estimer leur salaire. C’est particulièrement vrai depuis la reprise économique, donc depuis 2022. »
Notre mémoire est également sélective. Elle retient davantage la hausse des prix que les augmentations salariales. « Les gens ont encore un souvenir très clair et récent d’un monde où tout coûtait moins cher », ajoute M. Migneault.
De l’aide qui « a peu d’effet »
Alors que les partis politiques s’apprêtent à lancer officiellement leur campagne électorale, l’économiste souligne que les coups de pouce généralisés sont généralement un coûteux coup d’épée dans l’eau. « Les mesures universelles ont relativement un peu d’effet, puis elles coûtent très cher », prévient-il.
En 2026, l’IDQ recense trois mesures avec un coût total annuel de 1,4 milliard $. Elles ne contribueraient qu’à ajouter, au « maximum », 1,8 % aux revenus disponibles des ménages.
M. Migneault recommande donc de « vraiment cibler » les ménages les plus fragilisés par la hausse du coût de la vie. Il déconseille également les mesures temporaires, car leur retrait représente « un coup dur » pour ceux qui en ont profité. L’IDQ suggère plutôt d’intervenir sur les causes qui rendent certains biens et services plus onéreux.
En entrevue, M. Migneault donne l’exemple de la réglementation qui fait augmenter le coût de construction des logements. Bien que, pris à part, chaque règlement a un objectif louable, il propose de faire un ménage dans le but de rendre les logements plus abordables.