Les immigrants s’en sortent mieux en milieu rural qu’en ville, selon une étude

La Presse Canadienne | 23 juillet 2026 | 12:54
Crédit photo : courtoisie Les Maximes

Par Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local, Le Devoir

Les immigrants qui ont choisi de s’établir en région rurale ont vu leur bien-être économique augmenter davantage que ceux qui optent pour les grands centres urbains, selon une nouvelle étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). La régionalisation de l’immigration vient toutefois avec des défis, préviennent les auteurs.

Rédigée par Nong Zhu et Jianwei Zhong, respectivement professeur agrégé à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et analyste des politiques à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), l’étude publiée la semaine dernière s’est penchée sur l’évolution du revenu moyen et les inégalités en milieu rural.

Ciblant une période allant de 1991 à 2021, les deux chercheurs ont comparé l’évolution économique de trois groupes : les natifs, c’est-à-dire les personnes nées au pays, les immigrants du Nord, originaires des États-Unis et d’Europe, et les immigrants du Sud, originaires de pays en développement.

En se basant sur des données tirées des recensements canadiens, ils arrivent à la conclusion que les immigrants du Sud, qui forment la majorité des migrants admis au Canada, ont connu la « plus grande amplitude de la réduction de la pauvreté » dans la dernière décennie parmi les populations qui vivent en milieu rural.

Cela s’explique, mentionne M. Zhu en entrevue au Devoir, par une hausse du revenu moyen et une diminution des inégalités au sein de ce groupe très hétérogène.

L’augmentation des revenus a été particulièrement marquée dans les segments inférieurs du groupe, ce qui témoigne « d’une amélioration significative des conditions économiques des immigrants les moins rémunérés » entre 2011 et 2021.

Le rapport, qui fait partie d’une étude plus vaste menée par MM. Zhu et Zhong sur l’immigration en région rurale, note également que la grande majorité de la croissance (80 %) des revenus « provient d’une meilleure valorisation des compétences existantes des immigrés plutôt que d’évolutions en matière d’éducation ou de démographie ».

« Travailler en région rurale permet de mieux développer ses compétences […] Les immigrants étant souvent plus éduqués, le rendement de leur éducation augmente avec le temps », explique M. Zhu, qui s’intéresse depuis une vingtaine d’années à l’intégration économique des immigrants en sol canadien.

Les travaux des deux chercheurs comportent d’autres données intéressantes. Ainsi, les immigrants du Sud vivant en région rurale avaient en 2021 un revenu moyen (35 895 dollars en valeurs pondérés) supérieur non seulement à celui de leurs homologues habitant en ville (34 502 $), mais aussi à l’ensemble de la population rurale (34 661 $).

L’incidence de la pauvreté a également chuté de façon marquée entre 1991 et 2021. Chez les immigrants du Sud vivant en région rurale, il est passé de 24,1 % en 1991 à 10,9 % en trente ans.

Encore une fois, les membres de ce groupe s’en tiraient mieux en 2021 que les immigrants du Sud vivant en ville (12,7 %), mais aussi que les natifs vivant en ville (11 %) et en campagne (11,4 %).

Attractivité en péril

L’immigration en région n’est pas pour autant une sinécure, prévient toutefois Nong Zhu. L’attractivité et le rendement économique de plusieurs entreprises rurales employant des travailleurs immigrés sont en déclin, notamment dans la santé, l’industrie manufacturière et le commerce de détail.

Autant d’obstacles à l’attractivité et à la rétention des travailleurs. « Sans une augmentation des salaires et une amélioration des conditions de travail, il pourrait devenir plus difficile de retenir les nouveaux arrivants », avancent les auteurs de l’étude.

« La société canadienne est frappée par le vieillissement de la population et un déclin de sa population rurale. L’arrivée d’immigrants peut être une solution pour les milieux ruraux » à condition d’investir dans des mesures pour assurer leur intégration économique durable, fait valoir M. Zhu.

Les deux chercheurs préconisent de renforcer « la rentabilité et la stabilité » de secteurs clés employant des immigrants, notamment en encourageant l’innovation et l’amélioration des conditions de travail.