Des citoyens s’opposent au projet de voie de contournement du chemin de fer à Lac-Mégantic

Boris Chassagne | 29 juillet 2026 | 12:25
(Photo: Pixels)

Un comité de citoyens de Lac-Mégantic s’oppose au projet de voie de contournement ferroviaire qui vient d’être autorisé par l’Office des transports du Canada (OTC) au grand soulagement de plusieurs citoyens et de la mairesse de la ville, Julie Morin. Ils réclament un référendum sur le projet.

Une pétition circule à cet égard. Elle aurait déjà recueilli plus de 600 signatures. Les signataires estiment non seulement ne pas avoir été convenablement consultés, mais que le processus démocratique a été brimé.

Selon Francis Paré, du Comité Citoyen de Lac-Mégantic, si « parmi les signataires se trouvent certainement des citoyens opposés au projet, plusieurs y voient avant tout une question de principe. Ils considèrent qu’un projet de cette ampleur, qui modifiera le territoire, l’environnement, les terres agricoles, les milieux humides et le quotidien de plusieurs générations, méritait que la population puisse officiellement se prononcer. »

Ce comité demande à ce qu’un référendum sur le projet de voie de contournement soit tenu, et que les autorités « permettent à la démocratie locale de jouer pleinement son rôle en donnant la parole aux citoyens directement concernés », que le résultat d’un tel référendum soit au final, favorable ou non au projet. Et, « advenant un refus de la Ville, le Comité demande également aux gouvernements du Québec et du Canada, qui financent ce projet avec des fonds publics, de prendre en considération la volonté exprimée par les citoyens et d’évaluer les moyens appropriés pour qu’une consultation démocratique puisse avoir lieu avant la poursuite du projet. »

La première chose que j’ai voulu faire, c’est aller à l’Hôtel de Ville, consulter la maquette de ce projet-là. Il n’y en avait pas. La seule réponse qu’on m’a donnée, c’est de faire une demande d’accès à l’information. — Paul Dorion

Plusieurs citoyens craignent que cette voie de contournement n’ait des effets négatifs sur les eaux souterraines. Des discussions qui sont venues aux oreilles de Paul Dorion qui a une formation en génie civil, en hydrogéologie, et en environnement. Il a décidé de fouiller la question. Et comme il avait aussi travaillé pour les chemins de fer pendant 15 ans, il s’est dit que ses compétences pouvaient être mises à contribution. « Je me suis donné comme mission, d’informer ces gens-là, de chercher l’information sur les impacts, et sur le projet comme tel. La première chose que j’ai voulu faire, c’est aller à l’Hôtel de Ville, consulter la maquette de ce projet-là. Il n’y en avait pas. La seule réponse qu’on m’a donnée, c’est de faire une demande d’accès à l’information », explique M. Dorion qui est membre du Comité Citoyen de Lac-Mégantic, mais aussi, de la Coalition citoyenne pour une voie durable à Mégantic. 

Paul Dorion, de la Coalition citoyenne pour une voie durable à Mégantic

Tout s’est déclenché en octobre 2025. M. Dorion qui a comme d’autres citoyens suivi les consultations publiques de l’Office des Transports du Canada (OTC). Le 30 janvier 2026, le Comité des Citoyens avait amassé et déposé 300 signatures d’opposition au projet auprès de l’OTC. Et quand l’OTC a autorisé le projet il y a quelques jours, « là, il y a un soulèvement de la population. On est rendu à 800 signatures » électroniques et papier, affirme M. Dorion qui rapporte être inondé de courriels depuis la décision de l’OTC d’approuver le tracé des la voie de contournement.

Cette voie ferrée là traverse un endroit protégé par arrêté ministériel du gouvernement du Québec. Cette construction-là va drainer des millions de litres d’eau, l’équivalent d’une piscine olympique par jour, la même eau qui alimente 6 000 citoyens. — Paul Dorion

Une décision qui a d’ailleurs été accueillie d’ailleurs avec soulagement par Julie Morin, la mairesse de Lac-Mégantic. « Les gens sont tannés… Ça ne prend pas un doctorat pour comprendre qu’est-ce qu’il se passe. Les gens de Mégantic, ils ont été silencieux. Et les gens de la Beauce partagent ce système hydrogéographique », affirme M. Dorion. Il va être perturbé par les travaux d’excavation projetés. « La rivière Chaudière est directement alimentée par la nappe, qui va être saignée par une voie ferrée. Ça n’a aucun sens. »

Traverser des milieux sensibles et projeter des contaminants

Paul Dorion ne comprend pas. « C’est que le tracé de cette voie ferrée là traverse un endroit protégé par arrêté ministériel du gouvernement du Québec. Cette construction-là va drainer des millions de litres d’eau, l’équivalent d’une piscine olympique par jour, la même eau qui alimente 6 000 citoyens. En plus, la roche mère, dans ce complexe aquifère là, est riche en minéraux et en métaux lourds, dont l’arsenic et le manganèse. L’eau potable de la ville de Lac-Mégantic et de toute l’Estrie contient déjà des concentrations significatives de ces deux métaux lourds… aux limites de ces concentrations acceptables. L’excavation du roc, et l’exposition aux éléments à l’air et à l’eau vont les exacerber », précise M. Dorion.

À la Ville de Lac-Mégantic, le Comité de Citoyen a accusé une fin de non-recevoir. « La mairesse de Lac-Mégantic, c’est une des promotrices de ce projet », elle se fie aux études et conclusions des autorités fédérales pour l’ensemble du projet, estime M. Dorion. « Mais elle demeure responsable de la qualité de l’eau. À la ville de Lac-Mégantic, ils n’ont pas les compétences pour juger, comprendre, lire ces rapports-là », soutient Paul Dorion.

Les citoyens montent au front

Paul Dorion nous confirme que la population de Lac-Mégantic s’est prononcée deux fois, dans deux sondages. Les municipalités voisines, celles de Frontenac et de Nantes, se sont aussi prononcées, une dans un sondage, l’autre dans un référendum, pour manifester leur opposition au projet et au tracé de cette voie de contournement. Des sondages accueillis « avec grand scepticisme de la part de la ville de Lac-Mégantic », assure M. Dorion.

La Ville qui prétend « avoir la majorité silencieuse derrière eux. Mais personne ne peut s’approprier la majorité silencieuse, ni pour, ni contre. Alors, les citoyens disent, on veut un référendum. Et puis, on est inquiets », poursuit M. Dorion.

« On se fait influencer par l’aspect de la tragédie de 2013, qui, dans les faits, est une aberration de l’histoire, à plusieurs niveaux. Les probabilités que ça se reproduise aujourd’hui sont infimes. Personne ne peut être contre le retrait de la voie ferrée du centre-ville », consent-il. « Mais pas au prix de sacrifier une nappe phréatique. Où ils vont prendre l’eau si la nappe phréatique est compromise ? On se mobilise. On s’organise », promet M. Dorion.