Churchill Falls: Fréchette n’a pas la légitimité pour signer, selon le PQ
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, répond aux questions des journalistes dans le cadre d'une réunion du Conseil de la fédération, à Charlottetown, le mardi 21 juillet 2026.(Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabrese( Christine Fréchette n’a pas la légitimité pour signer une entente sur l’hydro-électricité avec Terre-Neuve-et-Labrador qui lierait le Québec pour 50 ans, a plaidé le Parti québécois mercredi, au lendemain d’un entretien de la première ministre avec son homologue terre-neuvien Tony Wakeham. Mme Fréchette s’est défendue en affirmant que le protocole d’entente dont ils ont discuté avait été bien reçu lors de sa signature en décembre 2024.
Les deux chefs de gouvernement se sont rencontrés pour la première fois mardi soir pour tenter de finaliser ce protocole d’entente conclu entre les deux partenaires en vue de développer davantage le potentiel hydro-électrique du fleuve Churchill, au Labrador.
Le Québec et la province voisine exploitent ensemble déjà la centrale de Churchill Falls depuis 1969, mais la nouvelle entente, qui irait jusqu’en 2075, viserait à accroître la production électrique, notamment avec deux autres barrages.
Mme Fréchette ne peut sacrifier les « intérêts du Québec pour des raisons électoralistes », a soutenu le porte-parole du PQ en matière d’énergie, Pascal Paradis, dans une longue déclaration sur les réseaux sociaux.
Il craint que le Québec ne signe une entente qui lui serait désavantageuse — alors que l’entente actuelle 1969-2041 sur Churchill Falls est plutôt jugée désavantageuse par les Terre-Neuviens. « Christine Fréchette n’a pas la légitimité pour plier encore plus, à la dernière seconde, uniquement pour tenter de sauver la face en vue des élections générales d’octobre », a-t-il renchéri.
Il demande également à la première ministre de ne pas laisser le gouvernement fédéral se mêler du dossier. Ottawa a déjà plaidé en faveur de cette entente et a même assisté Terre-Neuve-et-Labrador dans les négociations menant au protocole en 2024.
En conférence de presse au terme du Conseil de la fédération à Charlottetown, Mme Fréchette a défendu sa démarche. « Je pense que l’entente de 2024 a été saluée par la très grande majorité des gens qui ont commenté cette entente, ce serait bien vu de détailler encore davantage cette entente », a-t-elle argué. Elle a précisé qu’elle le fait parce que la « sécurité énergétique du Québec est primordiale ».
Le PQ remet en question la légitimité de Mme Fréchette en raison du contexte de son arrivée au pouvoir. Elle a été élue à la tête de la Coalition avenir Québec (CAQ) en avril dernier, à six mois de la fin du mandat du gouvernement, par 57,9 % des voix des membres du parti, qui compte une vingtaine de milliers de membres. Elle n’a donc pas été élue à la tête du gouvernement dans le cadre d’une élection générale.
Mardi, après sa rencontre avec M. Wakeham, Mme Fréchette a dit être confiante de clore les négociations « dans les prochaines semaines ». À la fin de la session parlementaire, la première ministre avait déjà soutenu que le projet d’accord « est à risque » s’il n’est pas entériné avant les élections de cet automne au Québec et que la CAQ n’est pas reconduite au pouvoir.
Le Québec compte sur cette entente pour obtenir les mégawatts dont il a besoin pour répondre à la croissance de la demande jusqu’en 2075, mais de son côté, Terre-Neuve-et-Labrador veut renégocier le protocole d’entente, signé à l’origine en décembre 2024, pour obtenir de meilleurs termes.
Mme Fréchette avait suggéré en décembre dernier que le Québec avait des plans B et C pour pouvoir s’approvisionner en cas d’échec des négociations avec le voisin terre-neuvien.
À l’origine, l’ambitieux protocole d’entente signé en décembre 2024 dans l’enthousiasme par son prédécesseur François Legault et le premier ministre terre-neuvien de l’époque Andrew Furey semblait destiné à aboutir en entente finale.
Mais M. Furey a quitté la vie politique au printemps de 2025 et le gouvernement progressiste-conservateur de M. Wakeham, qui a été élu par la suite, a mis en place un comité qui a conclu en mai dernier que sa province devait obtenir des conditions plus avantageuses.
Le projet d’accord devait régler un vieux contentieux avec Terre-Neuve-et-Labrador en remplaçant l’accord actuel 1969-2041 d’exploitation de la centrale commune de Churchill Falls que la province juge injuste.
Et de surcroît, Hydro-Québec allait investir massivement pour accroître la production sur le Churchill dans des projets de partenariat estimés à plus d’une trentaine de milliards de dollars. Actuellement, Hydro achète l’électricité de la centrale à 0,2 cent le kilowattheure (k/Wh) pour la revendre à un prix plus élevé.
Le projet d’entente prévoit qu’Hydro-Québec augmenterait graduellement la redevance jusqu’en 2075 pour qu’elle atteigne 5,9 cents le kW/h, soit 30 fois plus que le prix actuel. En outre, il y aurait un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls de 550 MW, et pour construire une deuxième centrale de 1100 MW à proximité, et enfin une centrale de 2250 MW en aval à Gull Island.
Les estimations pour ces trois projets à l’origine tournaient autour de 25 milliards $ au total, auxquels il fallait donc ajouter la hausse des redevances que verserait Hydro. La puissance de la centrale existante de Churchill Falls est de 5428 MW et elle fournit 15 % de l’électricité d’Hydro-Québec.
Si l’entente aboutit, le Québec pourrait avoir accès à 7200 MW additionnels pour combler ses besoins, notamment pour décarboner son économie conformément aux accords internationaux de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Avant d’être vaincus aux élections de 2025, les libéraux terre-neuviens affirmaient que la proposition, si elle était finalisée comme prévu en avril 2026, allait rapporter à la province plus de 225 milliards $ au cours des 50 prochaines années. Le comité mis en place par les conservateurs a soutenu que ces chiffres avaient été gonflés.