Nucléaire : Hydro-Québec peut attendre avant de prendre une décision
Une ligne d’Hydro-Québec à Beauharnois, le lundi 10 novembre 2025. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi) Hydro-Québec ne mise pas sur le nucléaire pour répondre à la forte croissance de la demande prévue au cours des quinze prochaines années. La société d’État garde toutefois la porte ouverte à plus long terme.
Bien que le gouvernement Carney veuille relancer la filière nucléaire au pays, Hydro-Québec ne sera pas la première à lever la main, affirme son vice‑président exécutif responsable de la stratégie énergétique, Dave Rhéaume, lors d’une entrevue en marge du dévoilement du plan d’approvisionnement 2027-2041.
La société d’État anticipe une augmentation « extrêmement élevée » de la demande énergétique. Grâce à son réseau hydroélectrique et à ses objectifs d’efficacité énergétique, le Québec a les moyens de prendre le temps d’observer ce qui se fait dans les autres provinces, estime M. Rhéaume. « On n’a pas besoin d’être les premiers à trébucher dans une nouvelle technologie, répond-il. On devrait utiliser l’avantage qu’on a pour apprendre des autres. »
Il ne s’est pas construit de centrale au Canada depuis le début des années 1990. Le déploiement de projets nucléaires de nouvelle génération est encore à un stade précoce. « On verra ce que ça a coûté, dit M. Rhéaume. On verra comment ça fonctionne. Donc, ce sera un point d’information d’intérêt. »
Il y a un engouement croissant pour l’énergie nucléaire à travers le monde, avec le développement de l’intelligence artificielle, l’électrification des transports et la décarbonation de l’économie.
Cet enthousiasme s’observe aussi au Canada. La société montréalaise AtkinsRéalis, anciennement SNC-Lavalin, a évoqué à plus d’une reprise la forte demande pour le nucléaire au cours des derniers trimestres.
Pour sa part, Ottawa a indiqué, en juin, son intention de construire jusqu’à dix nouveaux réacteurs nucléaires au cours des quinze prochaines années. À l’heure actuelle, le Canada compte quatre centrales nucléaires — trois en Ontario et une au Nouveau-Brunswick — qui produisent environ 15 % de l’électricité du pays. Hydro-Québec a longtemps eu une seule centrale dans son parc de production, Gentilly-2, mais elle a fermé en 2012.
L’énergie nucléaire produit très peu d’émissions carbone, comparativement aux énergies fossiles. La gestion des déchets radioactifs amène toutefois d’autres défis environnementaux. La crainte d’un accident, bien que l’industrie assure qu’il s’agit d’une technologie sécuritaire, complique aussi l’obtention de l’acceptabilité sociale.
M. Rhéaume croit qu’Hydro-Québec doit adopter une posture d’ouverture devant la filière. Malgré les investissements considérables prévus d’ici 2041, Hydro-Québec n’aura pas encore « assuré la pleine décarbonation de tout ce qu’il y a à faire », souligne-t-il. « Il faut continuer de suivre le développement de toutes les filières énergétiques pour voir comment on continue d’être capable de desservir le Québec. »
Un déficit énergétique en 2029
Hydro-Québec prévoit qu’il sera nécessaire de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement pour répondre à la demande québécoise dès 2029, selon le plan d’approvisionnement 2027-2041.
À mesure qu’elle développera des capacités de production additionnelles, la société d’État connaîtra des périodes de légers déficits énergétiques d’ici 2041, selon le scénario présenté dans le document. Ceux-ci pourraient être comblés en important de l’électricité des provinces voisines ou des États-Unis.
« Il faut que les nouveaux actifs de production rentrent, parce que si on n’est pas capable de bâtir de la nouvelle production, la demande va monter et la production ne suivra pas. Puis là, on va rencontrer un problème », résume M. Rhéaume.
Il précise que ce scénario se base sur des conditions « normales ». Le temps exceptionnellement sec des trois dernières années force déjà Hydro-Québec à gérer ses réservoirs avec prudence.
Le vortex polaire de janvier et février derniers, par exemple, a forcé Hydro-Québec à effectuer des interruptions de service. Ses plus récents résultats financiers sont également sous pression, alors qu’elle peut saisir moins d’occasions d’exportation.
Pour répondre à la demande, la société d’État veut ajouter 24 000 mégawatts en production d’ici 2041. Elle mise également sur l’efficacité énergétique, en permettant des économies de 21 térawattheures d’ici 2035.
Le plan d’approvisionnement, dévoilé mardi, trace le portrait d’un Québec de plus en plus gourmand en électricité, qui devra effectuer des investissements « sans précédent » pour satisfaire l’appétit de ses clients.
Hydro-Québec anticipe que la demande québécoise d’électricité augmentera de 60 térawattheures d’ici 2041, ce qui représente près du tiers de la demande actuelle. La hausse est principalement attribuable à l’électrification des transports, à la demande industrielle et à la décarbonation des bâtiments. La tendance avait déjà été évoquée, il y a trois ans, avec le dévoilement du plan d’action 2035 de la société d’État.
Le nouveau plan d’approvisionnement présente un scénario relativement semblable, mais avec une progression « plus graduelle » de la demande, résume M. Rhéaume.