Le PDG de CIF Métal de Thetford Mines, à court de solutions, pourrait délocaliser une partie de sa production

Boris Chassagne | 22 mai 2026 | 10:33
(Photo: courtoisie)

Le PDG de la fonderie CIF Métal, Claude Blanchet, ne sait plus à quel saint se vouer à l’heure où sa fonderie de Thetford Mines peine à recruter les employés dont elle a besoin. Le PDG de l’entreprise, Claude Blanchet, songe même à délocaliser une partie de ses activités ailleurs au pays, voire aux États-Unis.

« La raison principale qui nous amène là, c’est vraiment la difficulté de recruter des gens qualifiés ». Ces deux régions seraient plus favorables au recrutement d’une main-d’œuvre qualifiée, explique Claude Blanchet, PDG de CIF Métal.

Près de 40 poste à pourvoir dans un secteur spécialisé

Le patron de CIF Métal met notamment en cause les règles entourant l’embauche de travailleurs internationaux qualifiés et les inscriptions en baisse dans les centres de formation du Québec. Les règles en immigration ont changé en cours de route et freiné l’expansion de l’entreprise qui comptait sur elles pour justifier ses investissements et honorer les contrats obtenus. Près de 40 postes sont encore à pourvoir dans cette fonderie qui vient d’en embaucher une quinzaine. L’entreprise qui doit porter ses effectifs à 210 personnes.

Les inscriptions dans les centres de formation de la province sont faméliques, affirme M. Blanchet. La main-d’œuvre doit être trouvée ailleurs au pays ou à l’international, notamment en Asie, au Maghreb et en Amérique latine. CIF qui trouvait ses employés qualifiés, déjà formés via le programme de travailleurs étrangers temporaires, lesquels transitaient de surcroit par le traitement simplifié. « Nos métiers étaient dans cette liste-là, on pouvait recruter des travailleurs qualifiés. Les gens qui sont entrés avaient tous l’expérience en fonderie, comme électromécanicien ou comme machiniste ou opérateur. Le programme, pour le moment, il est mis sur la glace. »

Sinon, CIF doit former ses effectifs à l’interne. Une formation qui s’étend sur plus d’un an et qui n’est pas toujours possible. L’entreprise permet même à ses futurs employés d’obtenir leur DEP en entreprise et contre rémunération. « On a un professeur qui vient ici à l’usine deux jours par semaine. On forme toujours entre 5 et 10 personnes par année. Au Saguenay, l’année passée, il y avait moins de cinq personnes inscrites dans le DEP. Nous, on en a formé 10 ici en usine. Et si on regarde le DEP, le machiniste qui se donne au Tremplin à Thetford, on m’a informé qu’il y avait zéro inscription pour l’année prochaine », se désole M. Blanchet.

D’où l’importance de recruter des travailleurs internationaux, dit-il. Il n’y a, à ses yeux, aucune autre issue possible, si ce n’est que de délocaliser sa production ailleurs au pays ou aux États-Unis. « C’est pour ça que notre accès à des travailleurs qualifiés étrangers était important. On ne peut pas compter sur ce sur quoi on comptait avant. Et puis on travaille aussi des projets d’automatisation. Il faut aussi avoir des gens qualifiés pour déployer ces technologies-là et les opérer. Ça va nous permettre de pouvoir avoir la croissance. On n’anticipe pas de réduction d’effectifs parce que notre offre s’élargit », soutient M. Blanchet. 

Séduire avec la carte de la qualité de vie

L’entreprise a besoin de ces employés pour quand ? « Là. Hier. », répond M. Blanchet. Alors, où les trouver ? « On a commencé à faire du recrutement régional. On va aller dans les régions autour, à moins d’une heure, on va attirer les gens à vivre ici, dans la région, où le coût de la vie est quand même bon, il y a une belle qualité de vie. L’entreprise qui va jouer sur la carte de visite de « la nature, les lacs, les montagnes, le golf, les sports, mais aussi sur une région où le loyer est abordable et disponible. »

Les employeurs qui peinent à recruter les effectifs dont ils ont besoin sont parfois aussi à blâmer. Les gouvernements ne sont pas seuls en cause. Les conditions salariales doivent parfois être revues à la hausse. M. Blanchet y a bien sûr réfléchi. « On a une discussion ouverte avec le syndicat sur ces sujets-là. Mais notre capacité de payer est aussi limitée. On ne peut pas se permettre non plus d’avoir des augmentations trop élevées parce qu’on sera non compétitifs ou non rentables. On négocie de bonne foi, puis on offre des conditions qui sont dans le marché », assure M. Blanchet. 

Une démographie en déclin, la chaîne d’approvisionnement menacée

M. Blanchet aborde cette question sans détour. « On va se dire, les vraies choses. La population a diminué au Canada, au Québec. C’est pire au Québec. L’immigration économique est un outil pour pallier à ça. Et c’est vraiment important de penser à ça pour notre croissance économique au Québec. Ici, l’âge médian est autour de 51 ans. Et l’âge médian québécois est à 40 ans, dans la région de Thetford. »

« La chaîne complète d’approvisionnement est actuellement menacée par cette pénurie » — Claude Blanchet

Nous, on transforme l’aluminium canadien-québécois qui va être utilisé dans différents marchés … l’automatisation, la distribution énergique, dans les systèmes de climatisation à haute performance. Hydro-Québec a besoin de nos produits. Là, on ne sera pas capables de les fournir. Les castings vont venir de la Chine ou du Mexique. La chaîne complète d’approvisionnement est actuellement menacée par cette pénurie », craint Claude Blanchet.

« Ce qui est frustrant, c’est d’avoir investi autant d’argent dans notre usine, pour notre futur, en pensant qu’on aurait accès à des gens qualifiés. Et là, on nous dit, en quelques mois, sans avertissement, qu’on aura plus accès à ces gens-là ». — Claude Blanchet

En parlant avec M. Blanchet, on a le sentiment que l’entreprise est un peu livrée à elle-même, qu’elle est seule à pouvoir trouver les solutions à ce manque de main-d’œuvre. « Comme entrepreneurs, on est habitués de gérer nos problèmes par nous-mêmes. On n’est pas dans les médias pour demander des subventions, des crédits d’impôt. On veut juste avoir des gens pour développer notre entreprise. On avait un super beau programme dans le passé où on avait accès à des travailleurs qualifiés qui nous permettaient d’avoir des projets de croissance. Tout ce qu’on demande, c’est de revenir à ce qu’on avait avant. On va pouvoir avancer et développer notre économie. Ce qui est frustrant, c’est d’avoir investi autant d’argent dans notre usine, pour notre futur, en pensant qu’on aurait accès à des gens qualifiés. Et là, on nous dit, en quelques mois, sans avertissement, qu’on aura plus accès à ces gens-là », précise M. Blanchet de CIF Métal.

Tous parlent d’une même voix sur cette question, que ce soit l’Alliance des travailleurs étrangers, la Fédération des chambres de commerce, les Manufacturiers et exportateurs du Québec, l’Union des municipalités, ou le Conseil du patronat. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec s’est fait chauffer les oreilles pendant des mois sur cette question, et même la première ministre Christine Fréchette lors de sa dernière visite à Paris. « On dirait que les politiciens ne nous écoutent pas. Les gens devraient travailler ensemble pour nous aider. On pourrait contribuer à améliorer l’économie du Québec, qui en a bien besoin actuellement », de conclure le PDG de CIF Métal Claude Blanchet.