Québec : 650 hectares d’étendues d’eau détruits pour des résidus miniers
Exploitation minière à ciel ouvert au Mont-Wright, le vendredi 20 mai 2011 à Fermont (Québec). (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot) Au Québec, l’utilisation de plus de 650 hectares de plans d’eau pour y déverser des déchets miniers a été approuvée depuis 2022, selon Eau Secours. Cette année-là, un règlement fédéral devant encadrer cette pratique avait pourtant été adopté.
L’organisme Eau Secours a compilé les exemptions réglementaires accordées aux projets miniers permettant la destruction d’étangs, de ruisseaux, de lacs et de cours d’eau.
Les résultats publiés jeudi par l’organisme montrent que depuis quatre ans, « ce sont plus de 650 hectares, soit 6,59 km2, de lacs et autres milieux hydriques dont la destruction a été autorisée pour y déverser des résidus miniers au Québec ».
« On demande au gouvernement provincial d’exiger des compagnies minières qu’elles remblaient leurs fausses en priorité avant le déversement de déchets dans les lacs et des rivières » et ensuite, « dans un monde idéal, on demande que la destruction des plans d’eau, la destruction de rivières soit carrément interdite », a expliqué Émile Cloutier-Brassard.
Selon cet analyste des projets miniers chez Eau Secours, les mines de fer, qui font « de l’exploitation à ciel ouvert de grande ampleur », sont particulièrement problématiques. « Si on pense à la mine du Mont-Wright », près de Fermont, « il y a des fosses qui peuvent faire plus de huit ou neuf kilomètres de long dans des zones qui sont évidemment criblées de lacs et de rivières, et rapidement, il y a un conflit dans les visées de la compagnie d’accroître ses opérations et l’importance de respecter les milieux naturels », a fait valoir Émile Cloutier-Brassard.
« La mine du Mont-Wright, la mine du Lac Bloom (au Québec), mais aussi la mine Scully et la mine Carrol (du côté du Labrador), ont toutes intégré à un moment ou à un autre dans leurs conceptions, l’enfouissement et la destruction directs de lacs et de rivières en périphérie de leur site minier », a ajouté M. Cloutier-Brassard, en précisant que cette pratique « semble être vraiment une part intégrante du développement des mines de fer ».
Beaucoup d’autorisations malgré le règlement
En 2022, le gouvernement fédéral a adopté le Règlement sur les effluents des mines de métaux et mines de diamants (REMMMD), qui relève de la Loi des pêches, et qui doit encadrer ce qui peut être rejeté dans les cours d’eau par les mines. « Ça encadre mieux le rejet de substances toxiques dans les milieux hydriques naturels que si on n’avait pas de règlement », mais « c’est un encadrement minimal, appliqué à vitesse variable », selon Émile Cloutier-Brassard.
Car si un gouvernement provincial approuve la destruction d’un cours d’eau par une mine, « il semble que le gouvernement fédéral ne fasse que se soumettre à cette autorisation ». Le règlement « existe », mais « il est facile à contourner », a-t-il résumé.
Eau Secours demande donc au prochain gouvernement du Québec de « prendre acte de cette destruction insensée et de s’engager à y mettre fin dès le début de son mandat ».
La « pointe de l’iceberg »
L’Annexe 2 du Règlement sur les effluents des mines de métaux et mines de diamants répertorie les cours d’eau dans lesquels sont déversées des quantités importantes de déchets miniers. C’est notamment à partir de cette annexe qu’Eau Secours a calculé que depuis 2002, 650 hectares de plans d’eau sont ou seront utilisés pour accueillir des résidus miniers. Mais les mines de non-métaux, comme le graphite, ne sont pas comptabilisées dans cette annexe.
Ce qui fait dire à Eau Secours que les impacts répertoriés dans l’analyse publiée jeudi ne pourraient représenter que la pointe de l’iceberg en termes de destructions de plans d’eau par l’industrie minière.
Moins coûteux que construire des digues
Selon Eau Secours, les minières déversent leurs déchets dans les cours d’eau, car « la construction de digues de rétention est plus coûteuse que l’utilisation d’un lac, qui est essentiellement gratuit pour l’entreprise ». Un projet minier est « avant tout une entreprise de gestion de déchets », compte tenu du très faible ratio de minerai disponible dans le sol, soutient Eau Secours.
Par exemple, souligne l’organisme dans un communiqué publié jeudi, « pour obtenir une tonne de fer, un projet minier produira de trois à dix tonnes de déchets miniers ».
Le ratio est encore plus petit pour l’or, selon les données d’Eau Secours, qui estime qu’un gramme d’or produit une tonne de résidus.
Un sondage commandé récemment par Équiterre dans le cadre de la campagne Vire au vert indique que 82 % de la population souhaite que le prochain gouvernement du Québec priorise l’interdiction de « l’utilisation des lacs pour rejeter les dépôts miniers ».