Mark Carney: “oui, il y a des possibilités de représailles”

Boris Chassagne | 24 juillet 2026 | 08:45
Le premier ministre Mark Carney rencontre ses homologues des provinces et territoires à Charlottetown le jeudi 23 juillet 2026. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabrese)

Des représailles visant les États-Unis sont possibles à la suite de la série de droits de douane imposés lundi par le président Donald Trump sur des importations canadiennes, a laissé entendre le premier ministre Mark Carney, jeudi.  

« Oui, il y a la possibilité de représailles, ça existe, mais il y a aussi des incitatifs pour les Américains, des possibilités de coopération, dans l’intérêt des Canadiens et des Américains », a-t-il déclaré, comme pour atténuer la menace qu’il laisse planer dans la guerre commerciale avec Washington. 

M. Carney sortait d’une réunion d’une journée avec ses homologues de toutes les provinces à Charlottetown, pour discuter de la riposte à donner aux sanctions américaines qui pourraient toucher jusqu’à 28 milliards $ d’exportations canadiennes à compter du 19 août. 

S’il emprunte la voie de la contre-attaque, il aurait comme allié le premier ministre ontarien Doug Ford, qui est favorable à des mesures de rétorsion vigoureuses contre les Américains, mais ses collègues des autres provinces, notamment Christine Fréchette, sont plus frileux.

M. Carney doit quant à lui arbitrer les volontés des uns et des autres pour présenter un front commun canadien dans cet affrontement — une unité qu’ont souhaité exprimer ses interlocuteurs des provinces d’ailleurs. « Tout est sur la table, a répété le chef du gouvernement fédéral. Le Canada fera tout ce qui sera nécessaire, selon le résultat des négociations. »

La première ministre Fréchette devait rencontrer M. Carney jeudi et elle a formulé ses exigences, notamment un « plan clair » de négociations, tout comme Doug Ford. Elle a refusé d’accorder des mêlées de presse aux médias mercredi et jeudi, mais elle a pris le temps de préparer une allocution filmée avec le vidéaste du gouvernement où elle a fait part de ses demandes au fédéral.

Elle demande aussi à ce que « les intérêts du Québec soient pleinement pris en compte » en ce qui concerne sa spécificité culturelle ainsi que la gestion de l’offre en matière agricole. Elle réclame aussi à Ottawa des mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs dans l’éventualité où les nouveaux droits de douane américains les toucheraient.  À la conférence de presse, Mme Fréchette n’a pas fait savoir si elle avait obtenu satisfaction.

« Position plus forte »

Dans une allocution au début de la réunion en matinée, M. Carney avait assuré que le Canada est dans une « position plus forte actuellement qu’au début de la guerre commerciale avec les États-Unis » il y a 18 mois. 

« Nous sommes en train de bâtir un réseau commercial qui fait l’envie du monde », avec l’accès à 1,5 milliard de consommateurs grâce à 16 accords de libre-échange supplémentaire avec 51 pays, a-t-il fait valoir. 

Et les premiers ministres ont mené plus de 50 missions commerciales depuis janvier, a-t-il ajouté. Il a également évoqué son objectif de renforcer le réseau de transport d’électricité pancanadien. 

Or le Québec veut justement faire financer une future ligne de transmission électrique pour ses projets de centrales hydro-électriques additionnelles sur le fleuve Churchill au Labrador, en partenariat avec Terre-Neuve-et-Labrador.

Après deux jours de réunion à Charlottetown mardi et mercredi, les premiers ministres des provinces attendaient impatiemment l’arrivée du chef du gouvernement fédéral jeudi pour convenir d’une stratégie commune de riposte aux États-Unis et des divergences se dessinaient sur la marche à suivre.

C’est là que M. Ford est apparu comme un faucon qui souhaitait que le Canada frappe encore plus durement les États-Unis en surtaxant l’énergie, l’exportation de l’électricité et des produits pétroliers dont les Américains ont besoin. En mêlée de presse jeudi, il a exigé une « stratégie forte » de la part de M. Carney, mais n’a pas voulu préciser quelles étaient ses exigences. 

Mme Fréchette avait fait remarquer plus tôt cette semaine que les mesures de représailles adoptées par le Canada auparavant n’avaient vraisemblablement pas réussi à apaiser l’administration Trump. 

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a affirmé que l’objectif du sommet de jeudi était de concevoir une « stratégie unifiée ». Elle a assuré que les premiers ministres n’étaient pas divisés même si les médias rapportaient autre chose.  

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, a appelé à une approche « offensive » dans les négociations commerciales avec les États-Unis. « Mettons tout sur la table, finissons-en », a soutenu M. Lantz.

Les décrets du président américain imposeraient des droits de douane de 50 % sur divers produits canadiens, allant des bâtons de hockey au miel, en passant par le ciment. Les responsables de l’administration Trump affirment que ces droits de douane constituent une riposte aux interdictions provinciales visant les alcools américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.

Cette rencontre entre les premiers ministres et M. Carney est intervenue à l’issue d’un sommet du Conseil de la fédération de trois jours organisé à Charlottetown par M. Lantz.