Des citoyens et communautés brisés par des projets éoliens à Saint-Fortunat et Saint-Julien

Boris Chassagne | 26 juin 2026 | 15:17
(Photo: Connectif des Sommets)

Des citoyens de Saint-Fortunat, de Saint-Julien et des environs, s’inquiètent du manque de transparence des élus et des promoteurs autour de projets éoliens en vue sur leur territoire. Selon eux, la démocratie est en péril.

Des citoyens membres du Comité citoyen éoliennes, choix éclairé en Appalaches, lequel regroupe surtout des résidents de Saint-Fortunat et Saint-Julien, reprochent à la municipalité de Saint-Fortunat son manque de transparence et d’écoute dans le dossier. Et surtout, ses promesses de consultation faites il y a des années et non tenues.

La municipalité de Saint-Fortunat qui aurait pris la décision le 1er juin dernier, d’adhérer au projet du Connectif des Sommets, par 3 voix contre 2. Le maire actuel de Saint-Fortunat, Denis Fortier, se serait abstenu. Tout comme la conseillère Véronique Bégin, citant un possible conflit d’intérêts.

Fanny Viret et Jules Bédard, tous deux membres du Comité citoyen éoliennes, choix éclairé en Appalaches, estiment que le processus démocratique entourant ce projet a été bafoué. Ils demandent à la municipalité de reculer. Aussi, que la promesse d’organiser la consultation publique il y a des années, soit tenue. Une pétition, signée par une majorité de la population, et déposée en ce sens, serait restée lettre morte.

Les municipalités rencontrent le promoteur, mais omettent d’en informer les citoyens

(Photo: Depositphotos)

« Les deux municipalités ont rencontré le promoteur ensemble le 23 février. Il n’y a jamais eu aucune information sur cette rencontre qui a été donnée à la population », relate le comité. Les municipalités qui auraient agi en catimini et caché ces rencontres avec le promoteur éolien, nous dit M. Bédard, qui est aussi conseiller municipal à Saint-Jacques-la-Majeure. « On a su qu’il y avait un promoteur sur le terrain, les citoyens, pour faire signer des contrats d’octroi d’options depuis juillet 2025. Et qu’à chaque fois qu’on rencontrait la municipalité, elle nous disait qu’il n’y avait pas de projet. Et puis nous, on savait qu’il y avait des citoyens, qui avaient été visités, et qui avaient déjà des contrats de signer ». Jules Bédard étant d’ailleurs l’un d’eux. Lui qui a refusé de signer.

Des membres du comité rapportent, que des promoteurs éoliens de Capstone Infrastructure Corp. de Toronto, auraient rencontré nombre de citoyens pour leur faire signer des contrats d’option, avant même que la municipalité n’ait officiellement décidé de se joindre à l’initiative du promoteur. Ces ententes promettent 4 000 $ par année, par mégawatts au propriétaire terrien qui accepterait une éolienne sur son terrain. Ceci en plus de diverses compensations. Ainsi, une éolienne de 7 Mégawatts rapporterait 28 000 $ par an au propriétaire du terrain sur laquelle elle est sise. Ces éoliennes accordent aussi des redevances à la municipalité.

Et cette adhésion de la municipalité de Saint-Fortunat à la La Régie intermunicipale de l’énergie des MRC des Appalaches, de L’Érable et de Lotbinière (Connectif des Sommets) a des conséquences. « C’est la réglementation de la MRC des Appalaches qui s’applique. Dans le règlement de Saint-Fortunat, il y avait un 1100 m de distance séparatrice avec les éoliennes, par exemple ». Elle est ainsi réduite à 700 mètres.

Des contrats d’octroi d’option pour cinq ans ferme, irréversibles

Et des citoyens auraient déjà signé des contrats d’octroi d’option les liant pour cinq ans et manière irréversible au promoteur Capstone. « On connaît tous les résidents, les gens qui vivent sur le 6e et 5e rang de Saint-Fortunat. Certains, c’est des amis, d’autres, ils sont complètement démolis par la situation. Les gens qui signent des contrats d’options, à 80 % ce sont des gens qui ne vivent pas sur place, ce sont des spéculateurs, ce sont des gens qui possèdent des terres, et ils ne vivront pas les inconvénients. C’est vraiment un dossier qui est vraiment mal présenté, et puis c’est vraiment en zone beaucoup trop habitée. On comprend vraiment mal les décisions des conseillers d’accepter un truc pareil », de dire Jules Bédard.

Encore possible pour la municipalité de reculer ?

(Photo: Facebook de Saint-Fortunat)

Ce n’est pas clair. « Notre demande principale, c’est que la population soit informée correctement et consultée. Déjà en 2023, parmi les résidents du secteur, des secteurs visés à Saint-Julien et Saint-Fortunat, on avait entre 70 % et plus de gens concernés du secteur qui vivaient là, qui ne souhaitaient pas voir ces éoliennes s’installer aussi près dans ces conditions-là. Cette année, en rencontrant les citoyens, on s’est rendu compte qu’à part les gens qui avaient été rencontrés par les promoteurs et qui étaient dans les secteurs directement touchés, personne n’était au courant qu’un projet était en cours dans la municipalité », explique Mme Viret. « On les a informés de ça et on a ressenti tout de suite que les gens avaient des réactions de surprise et de colère très défavorables à ce projet-là », ajoute-t-elle.

La communauté déchirée autour de l’éolien

Le projet divise profondément la communauté qui risque d’être brisée à tout jamais par ce projet. Des amis d’enfance ne se parlent plus, les regards se font méfiants. « Je ne vous cacherai pas qu’au niveau social présentement, c’est très malsain. Il y a un déchirement dans les familles », note M. Bédard. « On entend beaucoup parler d’acceptabilité sociale pour tous ces projets-là. Sur le terrain, on se rend compte que l’acceptabilité sociale est attestée par des décisions de conseils municipaux qui n’ont aucune obligation de consulter leur population », ajoute Mme Viret. « On espère qu’il n’est pas trop tard. On espère relancer un dialogue. C’est un mouvement plus grand aussi, ajoutent Mme Viret et M. Bédard. « Ce qu’on va faire dimanche c’est le début d’un mouvement qui va prendre de l’ampleur », précise M. Bédard.

Le comité va tenir un rassemblement citoyen, le dimanche 28 juin de 14 h à 17 h, au Centre sportif de Ste-Hélène-de-Chester présentant des témoignages de citoyens, des interventions d’experts et une période de questions.